« Aventures sidérantes » anthologie dirigée par Martin Lessard

Renouer avec la nostalgie du pulp tout en le réactualisant, voilà l’ambition de cette anthologie originale qui réunit seize auteurs français.

La couverture illustrée par Xavier Colette reprend de très belle manière les codes des premières de couverture d’avant-guerre en technicolor, conçues à l’origine pour attirer le chaland par des couleurs vives et une scène d’action.

L’illustrateur a d’ailleurs su éviter les clichés machistes des visuels des anciens pulps en affichant une héroïne téméraire en combinaison spatiale, et non pas soumise et dévêtue comme on le voit encore trop souvent sur des jaquettes de littérature populaire. Mais passons à l’intérieur.

Les textes réunis respectent la même logique de modernité en offrant la part belle aux femmes déterminées, notamment dans Le Diamant Mogul-Topor de Gulzar P. Joby, Ah ! les garçons de Pierre Gévart ou encore La Récalcitrante du Cachalot de Michèle Laframboise, et en évitant de copier le style propre aux écrivains d’avant-guerre tels qu’Edgar Rice Burroughs ou Robert E. Howard, écriture qui par ailleurs n’était pas déplaisante.

Pulp oblige, concernant les thèmes traités, on reste dans des sujets divertissants et sans prétention morale (ce qui fait selon moi la différence, s’il en fallait une, entre le pulp et la SF des années 50). Au sujet de la moralité, on retrouve ici un Bruno Pochesci comme à son habitude sans filtres, avec la description déjantée d’une folle virée zombirifique dans Six pour l’Apocalypse, une des rares nouvelles de l’anthologie à offrir une véritable chute.

Hormis le texte d’Olivier Caruso, Darwin et le dragon, l’ensemble réunit en majorité de la science-fiction, alors que le pulp couvrait à l’origine un champ plus large. Eh oui, je pense à Tarzan, Conan le Cimmérien, Doc Savage et même Zorro ! Ce choix pro-SF a l’intérêt de présenter un ensemble cohérent dans lequel les textes s’enchaînent parfaitement.

On y croise entre autres un fermier auto-déclaré dernier rempart contre l’invasion alien dans L’Herbe plus mauve ailleurs d’Emmanuel Quentin, des gardiens bioniques serviles jusqu’à ce qu’ils goûtent leurs maîtres dans Un goût si délicat d’Alain Rozembaum, et des humains comme toujours sûrs de leur fait face à des intelligences extraterrestres dans Une station ordinaire de Patrice Lajoye ou encore dans le jubilatoire La Française des Œufs de Jean-Michel Calvez.

Au final, concocter une anthologie de vieux bijoux pulps d’avant-guerre aurait sans doute mieux contribué à remettre au goût du jour le pulp pour des lecteurs de moins de cinquante ans, mais là n’était pas le but de cette anthologie. Il s’agissait, comme l’explique le regretté Martin Lessard dans la préface, d’abaisser « les défenses et les idées préconçues » des lecteurs, et de ce côté-là, le job est plus que réussi !

Chronique de Xavier ‘1762’ Fleury

A propos de Christian

L'homme dans la cale, le grand coordinateur, l'homme de l'ombre, le chef d'orchestre, l'inébranlable, l'infatigable, le pilier. Tant d'adjectifs qui se bousculent pour esquisser le portrait de celui dont on retrouve la patte partout au Club. Accessoirement, le maître incontesté du barbecue d'agneau :)

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