Votes pour le match d’écriture des Imaginales 2022 : « Piratage d’implants »

Le transhumanisme est-il l’avenir de l’homme ? Nos descendants seront-ils directement interfacés avec leur électronique ? Et s’il le sont, faut-il le voir comme une évolution ou un cauchemar ? 

En tous cas, si une telle interface est un jour développée, il faudra bien standardiser nos cerveaux. Sinon, la compatibilité de masse va être très compliquée et ça sera jamais rentable ! 

Comment ? Ah oui, évidemment, dans une utopie, peut-être que la rentabilité ne serait pas la question. Faut voir alors. 

En attendant, on a des griffons, des omelettes, des kikis et je crois avoir vu une coiffeuse. C’est quoi le rapport? à vous de lire, et n’oubliez pas de voter !

  • La Gardienne de la vie
  • Courants neuronaux
  • Ojo por ojo.
  • Le menu du Jurassique
  • La légende du Griffon
  • Piratage d’implants
  • Kiki ??!!
Contrainte 1
La Gardienne
Contrainte 2 Au bord du gouffre

LA GARDIENNE DE LA VIE

SStérile.

S t é r i l e

Que ce mot est laid. Même à prononcer on a envie de le cracher, de le faire sortir de soi. Peut-être même qu’en le répétant inlassablement comme elle le faisait, il finirait par sortir d’elle-même. Et alors la vie pourra naître.

Stérile Stérile Stérile Stérile Stérile..

Elle se le répéta toute la matinée. Même lorsqu’elle chercha les clés du cabinet au fond de son sac, l’obligeant à sortir la moitié de ses affaires en pleine rue. Ni même lorsqu’elle s’installa derrière son comptoir ou lorsque les premières patientes arrivèrent. Au déjeuner elle n’écoutait même pas le Docteur Dubois.

Stérile Stérile Stérile Stérile Stéril..

— …qui vient me voir pour me parler de ses problèmes de couples. Alors oui je suis aussi là pour avoir une oreille attentive et bienveillante mais j’ai tellement envie de lui dire de le quitter ! Mais bon je lui ai quand même refait son ordonnance pour son imp… Vous ne m’écoutez pas du tout là.

Elle leva la tête vers le docteur Dubois. Ce jeune diplômé en gynécologie, qui avait voulu faire son bon Samaritain en sortant de la fac de médecine en s’installant dans un désert médical. Mais elle, elle avait appris à le connaître, ce gentil petit bourgeois en conflit avec sa famille qui avait choisi la gynécologie par pure provocation contre son père le grand chirurgien cardiaque. Elle ne lui donnait pas un an avant de repartir chez papa et de profiter de la fortune familiale pour se payer une retraite dorée à même pas 30 ans. Il passera alors la majorité de son temps à jouer en bourse et à créer de l’argent avec de l’argent. Mais en même temps au moins lui, il créera quelque chose. Elle, elle ne pourra jamais rien créer, elle restera une petite personne, impuissante et improductive. Une moins que rien. Une terre stérile et aride.

Stérile Stérile Stérile Stérile Stéri…

— Si, si Docteur, je suis bien là. Je vous écoute.

— Vous avez ouvert le courrier hier soir n’est-ce pas ? Vous savez que vous n’auriez pas dû. Lorsque l’on fait ce genre d’examen, c’est important de ne pas être seule lors de l’annonce. Je sais que c’est difficile à encaisser. Mais il y a d’autres solutions aujourd’hui vous savez. Je devrais pas en parler en tant que médecin diplômé, mais j’ai des amis qui sont partis aux Etats-Unis, là-bas les femmes porteuses sont ravies de rendre ce service. Et puis il y a l’adoption. Vous en avez parlé avec votre conjoint ? Vous savez si vous avez besoin de parler je suis là, ou je peux vous donner le contacte d’une amie de la fac qui est psy maintenant, elle est un peu loin bien sûr. Vous savez ce que c’est les déserts médicaux… les jeunes diplômés ont peur et puis ça rapporte pas assez pour eux sans compter la charge de travail. Vous auriez vus la tête de mes anciens potes de fac quand je leur ai dit où j’allais ! Et celle de mon père ! Enfin bref, elle est géniale cette file ! Je crois que je me la suis tapée, enfin on a couché ensemble si vous préférez, c’était en 1ère ou 2ème année. Ou alors c’était sa colloc. Je sais qu’elle était carrément au bord du gouffre à ce moment-là, alors je l’ai aidé à garder le moral si vous voyez ce que je veux dire. Vous savez les études de médecine ce n’est vraiment pas pour tout le monde. Mais en tout cas elle est top maintenant ! Je peux l’appeler pour vous et dans ce cas on pourra…

— Docteur Dubois, la prochaine patiente arrive dans 5 min et j’aimerais pouvoir aller aux toilettes. Alors merci. Mais tout va bien. Le résultat était même un soulagement. Je vous laisse retourner à votre bureau et moi je vais retourner à mon travail.

La journée continua ainsi, elle affichait un sourire de façade à ces femmes qui défilaient devant elle. Le soir elle fit semblant d’être au téléphone avec une patiente lorsque le Docteur Dubois partit. Elle se retrouva seule dans ce cabinet. Elle aimait être seule ici le soir. Eclairée seulement par une petite lampe posée sur le comptoir et l’écran de son ordinateur, c’est à ce moment qu’elle était la plus productive. Elle classait les dossiers, les ordonnances, complétait les fiches des patientes. Les antécédents médicaux, les allergies, la date du premier rapport, les MST/IST contractées dans le passé, les moyens de contracep…

Stérile Stérile Stérile Stérile Stér…

Oui c’était ça.

La contraception. C’est à cause de ça qu’elle était devenue impuissante et infertile ! A cause de cet implant contraceptif et connecté. Une première génération de femme qui pouvait via leur téléphone, connaître leur taux d’hormone à n’importe quel moment, la température de leurs corps ou encore la période de leur cycle du moment. C’était novateur et extrêmement apprécié des femmes. Sauf pour celles qui comme elle, avait un implant qui avait décidé de se balader dans le corps. Heureusement on lui avait retiré avant que l’implant ne fasse de dégât. Enfin c’est ce qu’elle pensait … jusqu’à maintenant.

Stérile Stérile Stérile Stérile Sté…

Comment peut-on laisser des femmes mettre en danger leur corps et leurs santés avec ces moyens de contraception qui leur volent tout ? Pourquoi les femmes doivent-elles toujours faire les frais de ce système qui les enferment dans un cercle vicieux ? Mettre en danger sa propre vie pour ne pas en créer une nouvelle. Les femmes sont-elles vraiment obligées de faire ce choix ? Depuis toujours après tout, les femmes sont mortes pour ne pas donner la vie. Le cintre, les escaliers, les mixtures ou les potions.

Stérile Stérile Stérile Stérile St…

Ce soir-là, elle resta longtemps au cabinet. Lorsqu’enfin elle se décida à rentrer chez elle, elle avait le sourire aux lèvres. Un sentiment de devoir accomplit se lisait sur son visage. Elle prit son sac et son manteau, jeta un regard circulaire au cabinet et ouvrit délicatement la porte, qu’elle referma dernière elle. Le dernier son que l’on pouvait entendre était le cliquetis de la clé dans la serrure. Puis le silence se fît dans le cabinet.

Seulement quelques heures plus tard, le silence se rompît dans ce modeste cabinet. Une sonnerie hurlante retentit et résonna dans la pièce pendant moins d’une minute puis s’arrêta brusquement et le silence put reprendre place. Quelques minutes plus tard, le téléphone retentit à nouveau. Au fil du temps, le téléphone ne s’arrêtait plus de sonner.

Ce jour-là personne ne passa la porte d’entrée du cabinet. Personne ne décrocha ce téléphone qui ne s’arrêta de sonner qu’en fin de soirée.

Stérile Stérile Stérile Stérile S…

Elle leva la tête vers le ciel et profita du soleil sur sa peau. Plusieurs mois qu’elle n’avait pas eu le loisir d’en profiter. Depuis ce matin-là où elle avait été amenée au poste de Police. Ils lui avaient parlé sans qu’elle ne les écoute. Elle avait vu de nombreuses personnes, des avocats, des juges, des personnes présentées comme des victimes mais aussi des journalistes. Elle n’avait pas dit un mot. Elle n’avait plus rien à dire. Elle avait déjà tout dit, ce soir-là dans ce cabinet. Mais les journalistes avaient parlé pour elle. Ils avaient raconté son histoire, et sa vie au monde entier. Mais surtout ils avaient trouvé son nom : La Gardienne de la Vie. Celles de toutes les femmes.

Oui, ce soir-là elle avait réussi à pirater tous les implants connectés. Il faut dire que c’est le responsable de sécurité informatique du ministère de la santé qui aurait dû aller en prison. Quoiqu’il en soit, elle avait réussi à désactiver l’intégralité des implants et faire afficher sur l’application un message pour toutes les femmes. Pour que plus aucune femme n’a à choisir entre donner la vie ou donner sa vie.

Stérile Stérile Stérile Stérile Sereine…

Contrainte 1
Un transport à prendre
Contrainte 2 Des caractères incompatibles

COURANTS NEURONAUX


Assis seul, le capitaine ruminait. Il se sentait vieillir plus vite que ce qu’il n’aurait aimé. Ses récepteurs étaient tournés vers la mer, pendant qu’il goûtait la douceur houblonnée d’une boisson alcoolisée. Elle lui permettait d’oublier, un peu, tout ce qu’il avait vécu. Si seulement les jours calmes pouvaient demeurer. Pour lui, le monde avait déjà trop changé. Depuis leur départ, depuis la dernière guerre intestine, depuis les affrontements en haute mer… Tout s’était transformé. Ici et dehors.

Sur les étendues grises de l’océan Encéphale se reflétaient les rayons du grand amas de fibres lumineuses qui les surplombait. Il aimait les voir, à cette heure, quand tout était encore calme. Le monde dormait. Les Consciences-Unies de Rich Yard se reposaient, paisibles.

Il se souvenait encore de ces mers rougeoyantes du sang de tous les Forbéphales tombés ici, lorsqu’ils ont voulu reprendre Implant.

Sur la place, non loin, se dressait le mémorial. Des années de guerre extérieures, des siècles de guerre intérieure. Tout ça pour quoi ? Un status quo que personne ne semblait vouloir finir par respecter. Les incursions étaient certes de l’ordre de la bataille de rien, mais elles étaient fréquentes. Et parfois, dangereuses.

Pas tant pour les habitants de l’île de l’Implant, mais pour tous ceux qui partaient sur les courants neuronaux pour combattre ces pirates.

— Capitaine Pellet !

Le cri était celui d’un jeune mousse qui avait rejoint l’équipage depuis peu. Un garçon aux récepteurs un peu trop curieux pour le capitaine, à l’onde vocale suffisamment aigüe pour brouiller ses récepteurs et aux questions toujours plus agaçantes.

Il n’avait pas voulu le faire monter à bord, mais sa Seconde Amara n’avait rien voulu entendre. Quand elle avait une idée en tête, celle-là, il valait mieux éviter de lui tenir tête, pensait Pellet.

— Capitaine, répéta Mousse, j’ai un message. C’est de la part de l’amirauté.

Le capitaine ne dit rien. Il laissa le garçon trépigner d’impatience avant de lever les yeux au ciel. Il l’agaçait.

— Quoi ?

— J’aurais peut-être pas dû le lire, mais j’y ai pensé qu’après avoir lu. Fallait pas que je lise ?

— Dis moi ce que ça dit, je te dirai ensuite si tu as mal fait.

— C’est l’Amiral, capitaine. Il vous fait dire que les Augures des Ondes ont vu un danger.

Pellet grimaça. Chaque fois qu’il partait pour un voyage interminable, ça commençait comme ça. Les Augures lisaient dans les ondes cérébrales quelques signes d’une perturbation sur laquelle il fallait enquêter. La plupart du temps, ça n’était rien. Une tempête de substance grise, un afflux d’astrocytes ou encore l’erreur d’un de ces devins de pacotille.

Et eux, sur leur coque de noix, ils passaient des mois neuronaux en mer. Pour protéger et servir l’Implant.

Parfois, il se disait qu’ils avaient fait une erreur, en quittant la ceinture nébuleuse d’Orion. Certes, les peuples décédaient, là-bas, dans leurs hôtes désespérés qui s’éteignaient, mais coloniser les humains avait-il changé quelque chose ?

Leur monde brûlait et les autres, intérieurs, s’étaient déchirés si longtemps en luttes intestines qu’ils avaient presque disparus. Sans l’Implant, ils se seraient peut-être éteints. Avec lui, l’amirauté était en mesure de contacter directement l’hôte. Un accord avait pu être négocié.

Un accord que tous respectaient mis à part les pirates du cortex profond.

Pellet grimaça en pensant à ceux qu’il avait combattu toute sa vie.

— Et quoi, qu’est-ce que ça dit d’autre ? demanda le vieux corsaire.

— Ca dit que c’est les plus importantes ondes qui aient parcouru l’Océan Encéphale depuis des lustres, capitaine. C’est formidable !

Formidable. Je t’en mettrai du formidable, petit con, pensa Pellet. Si le capitaine était fatigué, s’il avait mal à sa structure et qu’il n’avait plus la moindre envie d’aller découvrir les horreurs des hauts-fonds, c’était tout l’inverse pour Mousse. Le gamin en était à son troisième voyage et il était surexcité à chaque départ. Tout ce qui semblaient maintenant banal au vieux Pellet était pour lui une merveille.

A la Seconde Amara, il demandait toujours des informations sur tout ce qu’ils croisaient. Les bancs volants d’électrons, les amas de ganglions, elle lui racontait tout ce qu’elle pouvait, tout ce qu’elle savait d’eux. Le Capitaine, lui, se contentait de soupirer.

De râler.

Il était bon, pour ça, Pellet. Râler.

— Non de Rich, ça va encore nous prendre des mois je parie.

— D’Après Ama… Je veux dire d’après la Seconde Amara, ce sera un long voyage, oui, répondit Mousse avec un sourire beaucoup trop large.

— Bouge toi. Je veux que tout le monde soit prêt à la prochaine marée axone.

— A vos ordres, Capitaine !

Pellet le regarda partir en direction du port et soupira. Son verre, à moitié vide, tirait la gueule presque autant que lui. Il le leva et bu une gorgée en laissant ses récepteurs se délecter de cette vue qu’il aimait particulièrement. Les eaux grises grimpaient. Bientôt, elles seraient envahies des voiles blanchâtres des navires de pêche qui les écarteraient pour s’enfoncer en haute mer. L’Océan Encéphale débordait de tout ce dont les habitants de l’Implant avaient besoin.

Il y voyait un tableau formidable. Dix mille pages blanches, prêtes à se remplir des histoires et légendes de ce que regorgeait la monde marin ; elles s’éparpillaient sous les lueurs de la voûte myéline en autant de petites étoiles de papier, fragiles et courageuses.

La paix était douce.

Et c’était pour ça, qu’il reprenait toujours la barre, espérait-il se convaincre. Pour la paix.

La vérité, c’était qu’il avait toujours été trop effrayé à l’idée de faire autre chose. D’apprendre autre chose. De se lancer dans un nouveau monde. Un qui lui était inconnu.

**

Le soir, il se tenait devant la barre de son navire.

Le Myctrâle était son bateau de Thésée. Chaque planche avait dû être remplacé au moins deux fois. Trois, pour la plupart, une dizaine pour les plus malchanceuses. Il faut dire que naviguer dans l’océan Encéphale n’était pas une mince affaire. C’était un monde mouvant. Il n’existait pas de carte, pas de guide autre que l’instinct des plus vieux briscards. Il n’existait pas de nord, de sud, d’est ou d’ouest. Juste le devant, le derrière et parfois le dessus qui s’y mélangeait. La mer changeait. Tout le temps.

A chaque nouvelle pensée de l’hôte, tout se transformait.

Ils étaient à la merci de ce que ce dernier pouvait subir. De ce qu’il voulait de sa vie, de ce que les autres lui apportaient et ce qu’ils lui enlevaient. Parfois – c’était rare, mais il était écrit dans les archives de l’amirauté que c’était arrivé – les Consciences Unies des Rich Yard étaient traversées par les vents heureux d’une joie nouvelle. Une véritable extase qui se traduisait par des mois de bons vents, de marées favorables et d’îles fixes.

Pellet l’avait vécu. Une seule fois. Depuis, tout était noir dans la mer grise. Sombre. Changeant. Tout coulait sous la dépression de l’hôte et les pirates du cortex profonds s’étaient fait plus nombreux.

— On risque d’en croiser, cette fois ? demandait Mousse à la Seconde, sur le pont principal.

— On verra, répondit-elle.

Amara la laconique, aimait l’appeler Pellet. En peu de mots, elle disait ce qu’il fallait savoir. Donnait les ordres. Comprenait. C’était pour ça qu’elle était sa seconde : elle était efficace et entendait tout. Ce qu’elle disait était vrai. On verrait. Mais il fallait toujours rester sur ses gardes, sur l’océan Encéphale. Ils avaient la possibilité de rencontrer des pirates, mais ça n’était pas le seul risque.

Les dangers étaient partout.

— On lève l’ancre, dit-il tout bas.

— Tout le monde à son poste, hurla la Seconde Amara, on lève l’ancre ! 

**

La voûte Myéline s’était assombrie. Les éclats qu’elle pleuvait sur l’océan s’étaient faits d’un violet d’aubergine, sombre et duveteux. Au loin, là où l’horizon neuronale s’enfonçait dans le chaos des intérieures profondes, ses lueurs brillaient avec la force brute des étoiles en train de s’éteindre. C’était doux et triste. Parfois, Pellet se demandait comment il s’éteindrait, lui.

Comme une étoile ? Comme l’une de ces gigantesques bracélyaines marines, qui se laissaient porter par les courants neuronaux ? Peut-être. Il avait plus de chance de disparaître comme un pet de perroquio.

— Capitaine, on approche, il me semble !

— Il te semble, Virgilie ?

Virgilie était les yeux de faucon du Myctrâle. Celle qui se tenait tout en haut de la vigie et qui hurlait ses infos dans un mégaphone puissant.

— C’est difficile à dire, mais on peut ressentir les perturbations d’ici !

— Tout le monde à son poste ! Si quelqu’un voit quelque chose, qu’il hurle, cria Amara.

Pellet était concentré sur la voie à suivre. Mousse, à côté de lui, le regardait sans parler. Son regard dérangeait le vieux corsaire comme un moustique qui vrombisserait à son oreille.

— Quoi ? demanda-t-il sèchement.

— Je me disais que si on prenait ce flux neuronal, là-bas, on pourrait être projeté à plus grande vitesse.

— C’est dangereux et stupide.

— Oh.

C’était effectivement dangereux et stupide. Le capitaine avait déjà manœuvré de cette manière, pendant la guerre intestine. Et son navire avait survécu. Mais ça avait été moins une. Une véritable descente dans les enfers de la vitesse.

— Capitaine ! Ils sont là !

Pellet tourna la tête dans la direction que désignait Virgilie.

Merde, pensa-t-il.

— Merde, dit Mousse.

C’était rare, mais ils semblaient en accord cette fois.

**

Il n’y avait pas un navire de pirates. Il y en avait deux. Et c’étaient des monstres. Deux énormes bâtiments suffisamment puissants pour les envoyer par le fond.

Pellet voyait déjà son nom s’inscrire dans sa nécrologie : le capitaine qui avait permis aux pirates du cortex profond de prendre l’implant. Celui qui n’avait pas su protéger le lien sacré entre les Forbéphales et leur hôte. Le damné du Rich Yard.

— Merde, répéta-t-il pour la dix-huitième fois. On vire de huit degrés à bâbord !

La Seconde transmit les ordre, pendant que le capitaine calculait les nouvelles trajectoires. L’un des navires s’était éloigné de sa route pour monter en leur direction. De là où ils se trouvaient, ils le voyaient perpendiculaires à eux, le mat sur le côté, en train de naviguer sur l’une des spirales impossibles de l’océan Encéphale. D’ici à ce qu’ils arrivent au même niveau, ils seraient sur le même plan. Prêts à échanger leurs tirs mortels.

Pellet essayait de trouver une idée. Un plan. Quelque chose.

— Capitaine ! hurla Mousse. Capitaine, j’ai une idée !

**

— Ca peut marcher, répéta Amara.

— C’est dangereux.

— Ce machin là aussi, est dangereux, dit-elle en désignant le navire qui s’approchait toujours.

Il était à l’envers, maintenant. D’après les calculs de Pellet, il leur restait deux heures.

— Très bien. On y va.

Deux heures, ça passait relativement vite sur un navire prêt à se faire trouer la coque, pensait Mousse. C’était deux toutes petites heures. Pas deux longues heures, comme les fois où l’on nettoyait le pont.

Il souriait, cependant. On l’avait écouté et c’était rare.

Le Capitaine grognait, mais il suivait exactement son plan.

**

— Encore trois degrés sur la gauche, hurla Virgile.

— Trois degrés à gauche, répéta Pellet.

— Trois degrés à gauche, cria Amara.

— Trois degrés, murmura Mousse, la gorge pleine de la salive qu’il n’arrivait plus à avaler.

A quelques pas derrière eux, l’eau grise éclata sous l’impact d’un boulet puissant. Le navire des pirates les rattrapait. Doucement. Le premier était proche, le second n’était pas loin derrière. Il avait finalement suivi la même direction que son comparse gigantesque.

La manœuvre était délicate et, malgré la pression, personne ne voulait montrer la panique.

Chez Mousse, elle était pourtant palpable.

— On y est, réalisa-t-il en regardant par-dessus bord.

— On y est, dit le Capitaine.

— Toutes voiles dehors, hurla la Seconde.

Le navire bondit en avant quand les voiles s’ouvrirent. Un saut de l’ange en pleine mer. Il décolla presque, au moment où le banc d’Oligodendrocytes sur lequel ils avaient attiré les pirates crevaient la surface de leurs gueules aux dents noires.

Ces bêtes profondes, attirées par les perturbations dans les eaux, se massaient en amas capables de tout dévorer. Tout. Et en quelques instants. Derrière eux, Mousse regarda le premier navire disparaître dans les flots en hurlant de joie et de rires mêlés.

— Ca n’est pas fini, dit Amara.

Mousse se calma. En effet. Le second navire avait réussi à virer de bord. Il était cependant attaqué par quelques Oligodendrocytes qui parvinrent à crever sa coque arrière. L’eau bouillonnait, autour du bâtiment en danger.

D’ici, Mousse pouvait le détailler plus spécifiquement.

— Pourquoi est-ce qu’il n’est pas armé ? demanda-t-il.

La réponse ne lui plût pas.

**

— Merde, dit Pellet.

— Oh merde, dit Mousse.

— C’est quoi ce truc ? hurla Virgilie.

De l’arrière du navire qui était à toute évidence entièrement vidé de ses armes et ne naviguait qu’avec un équipage minimum, s’extirpèrent d’épaisses tentacules d’un noir mat. D’un noir que Mousse n’avait jamais vu. Un noir que Pellet, lui, reconnut.

— Une putain de tumeur, pesta-t-il. Ils ont élevé une tumeur, ces sacs à métastases !

Mousse paniquait. De l’autre côté d’un courant neuronal, l’énorme kraken de nuit s’étendait de tout son long, grognait, grondait. L’eau éclata sous les coups qu’il frappait partout.

— FEU ! hurla Amara.

— Ca ne sert à rien, dit Pellet. Faites monter les tonneaux de mélasse !

— Pourquoi ça ? s’exclama Mousse.

Le regard qu’il recueillit voulait dire : ferme la et fais ce que je te dit. Avec tout le reste de l’équipage, il remonta tous les vieux tonneaux pourrissants et pleins de poussière qui avaient trainé à fond de cale depuis des années.

— C’est quoi ? demanda-t-il encore une fois que le premier fut installé sur une catapulte plus ancienne que le navire.

— C’est le seul moyen de buter cette saloperie sans qu’elle se répande.

Le kraken métastasique s’approchait. D’ici, Mousse pouvait le voir plus clairement. Il n’avait ni yeux, ni corps, ni rien qui le rendrait animal. Ca n’était qu’une masse noire, pleine de bras tentaculaires qui avançait. Qui rongeait. Qui laissait de petits bouts de lui se répandre dans les eaux grises.

— Tirez !

Le tonneau s’envola. Il s’écrasa à côté du kraken. C’était déjà le troisième qu’ils tiraient et la vieille catapulte n’était plus en mesure de viser avec précision.

Amara, à la barre, essayait de placer le navire dans la meilleure des positions.

— Amara ! cria Mousse.

— Quoi ?

— Là !

Mousse désigna le courant neuronal. Elle comprit. Le Kraken était en train de le traverser, sans être le moins du monde affecté. Elle barra pour se mettre en direction de cet influx nerveux.

— Assez !

Le navire cria de douleur en s’arrêtant subitement. Pellet avait fait larguer l’ancre.

— Qu’est-ce que…

— Nous sommes suffisamment prêt, dit-il. Si nous approchons davantage, nous perdons le Myctral.

Il tenait entre ses mains le dernier tonnelet de mélasse.

Cette fois, il ne fallait pas manquer la cible.

— Cette fois… Il ne faut pas manquer la cible, dit-il en s’installant sur le seul canot que comportait le navire.

— Mais… Capitaine… dit Amara.

— Je vous confie le Myctral, Capitaine Amara.

Le canot tomba avant qu’elle n’ait le temps de répondre.

Pellet souriait. C’était rare.

Contrainte 1
À l’apéro
Contrainte 2 Un hidalgo bavard

OJO POR OJO.

Trace ! Le phishing a pas été simple mais j’en ai eu pour mon cash. Les ID fonctionnent et c’est déjà miraculo !

Premier firewall : check ! Vendetta666, elle t’arrache un bras quand elle t’envoie la note, mais son taff, il est clean de chez clean. Je voudrais pas être dans le futal de ce… Pablo Hernandez, quand son boss va découvrir que c’est son accès qui m’a permis de crasher à sa petite sauterie.

Fallait choisir ton camp, amigo !

Espéra, espéra ! C’est pas fini, mon pote. On reste focus ! T’as cracké la porte principale mais t’as pas encore le cul au bord de la piscine, un cocktail en intraveineuse.

Alors, il est où ce truc ?

Next, next, c’est pas ça ! Trace ! T’as pas todo el dia non plus.

Bingo gringo !

/…

//OptimCorpSystControle.exe

/…

/launchbotnet.spd/…

Tu trouves la faille et là crack ! C’est carnaval ! Un open bar en el palacio del jeffe ! Allez, trouve-toi une backdoor que les pentesters ont pas qué-blo et tu balances la sauce !

/…

/access/cleared…

Cabrones ! Tu croyais quoi ? Tu m’as pris pour un hacker low cost ou quoi, tonto ! J’y suis dans ta baraque señor Felipe Martinez de Toledo et confia en mi, ça va déménager !

La classe quand t’es le big boss de OPTIM Corporation©, c’est que tu casa, elle est blindax de toute la merde que tu vends pour « améliorer l’humain et flirter avec le paradis ». Hein, c’est ça qu’elle dit la brochure, non ?

Bah, mi hermana, elle a bien flirté avec le paradis quand son oculimplant a twisté dans sa caboche alors qu’elle traversait la e-street.

« Bug dans le process » qu’il a dit a mi madre le SAV. « Dans 0,1% des cas, l’implant peut tourner un peu » qu’il a répété, l’autre, entre deux sanglots de la mamá.

Ouais, mais là c’est carrément 100% du e-cab lancé à 200 km/h qu’elle a mangé.

T’as raison, ça a tourné un peu.

Dans mi cabeza surtout que ça a bien vrillé.

Fini les bricoles et les petites frappes. Basta les attaques DDoS d’amateurs pour te piquer quelques milliers de bitcoins, les deals de malwares pour te foutre la zone dans la signalisation de la highway ou encore pour contrôler l’implant capillaire du gars du JT et flinguer son audimat.

Là, on la fait ojo por ojo.

 

Bon, on commence par quoi ? Le clébard. Le nouveau e-dog V.02.3. Perfecto !

/…

/requestaccess/e-dog44766/

/…

/granted.

Ok, estoy dentro ! Ça, c’est de la haute déf : Ultra HD, 5D 8K. Suis pas certain que les vrais clébards voyaient comme ça – à l’époque où y en avait encore des vrais – tu sais, ceux qui te bouffaient les coussins et te trashaient le salon avec leurs poils et leur bave.

Allez, perro, tu nous fais faire un tour du proprio ?

S’emmerde pas le Felipe ! Hay gente guapa ! T’as déjà en visu la moitié du board de la compagnie ! Tous en slibard de bain, à siroter de l’hyperdrink.

De l’apéro 2.0, à coup sûr !

Tiens, t’as même el ministro de comunication et sa nueva robochica – le dernier upgrade a priori. Surement là pour toucher son chèque, hijo de puta ! Merci encore d’avoir lâché tous les médias publics à OPTIM Corp©. Claro, c’est plus simple, t’as raison, un seul message, zéro critique et adelante !

Hey, l’audio est pas dégueu non plus ! Je l’entends piailler d’ici l’hidalgo en string. Miraló avec sa coupette au bord de la piscina à te vanter la nouvelle mierda qu’il va nous pondre. Il s’arrête jamais de jaqueter, dites donc !

« Révolution dans l’humain amélioré ! », « Une percée dans le 22e siècle ! », « L’ultime contrôle pour l’ultime lâcher-prise ! »

Habla, habla, tonto ! Moi je lâche rien !

Alors, comment on te fait aboyer toi ? Histoire qu’el jefe, il voit que t’es là !

/…

//accesspush/command.exe/bark.

/…

Allez, baisse la tête cabron ! Voilà ! C’est ça, pose là ta coupe, pépé veut des caresses ! Ouais, un beau gros câlin ! Ça fait rigoler les chicas au bord de l’eau.

« Le nouveau meilleur ami de l’homme ! » qu’elle disait ton annonce. « Un rendu au toucher impressionnant ! » En plus, t’as pris l’option « léchouille réalité augmentée ». Vas-y pour le bouche à bave, gringo !

T’avais juste olvidó un truc, amigo ! Le malware salivaire, ça c’est regalo de casa !

 

Maintenant, suis sans ta tête, jefe ! Purée, la vie est belle quand on est maître du monde ! Oculimplant Titanium V2. L’écran rétinien Full Panoramique. T’as les ID qui défilent sur chaque cabeza devant toi ! Les news et la bourse dans un coin, on sait jamais.

Ça gratte un peu non ? Tu préfères reposer le clébard ? T’as raison, faudrait pas abîmer la marchandise.

J’espère que t’as bien profité de la vida, patrón ! C’était ta dernière danse.

 //accessmaincontrol/Oculus.prog/…

/…

/rotate/backward/highspeed/…

/…

/launch.

 

Ojo por ojo, hijo de puta !

 

/logout…

/…

Contrainte 1
à fond de cale
Contrainte 2 Une omelette d’œufs de dinosaures

LE MENU DU JURASSIQUE

Damlin se réveilla de fort mauvaise humeur. Les calendes d’été seraient bientôt terminées sur Saturne, et il croisait à peine à hauteur de Proxima du Centaure. Il en avait encore pour plusieurs semaines de voyage, tout ça à cause de son foutu tacot spatial. Il aurait dû savoir que le Saturnien qui lui avait vendu son vaisseau n’était pas digne de confiance. Le bien mal nommé « Vélocité » se trainait à la vitesse dérisoire de 15 vitlum, quand les vaisseaux amiraux de la Compagnie des Amas Orientaux montaient à plus de 50… Bon, il faut dire qu’ils ne transportaient pas la même marchandise, et qu’ils étaient, eux, impossible à détourner. Mais quand même, 15vitlum… C’était pas rapide, et dans l’univers du transport de poulets, pas rapide voulait dire mort, en prison, ou pauvre.

Damlin finit par se lever, et quitta le minuscule réduit où se trouvait sa couchette. Il avait du boulot. Vaguement nauséeux, comme toujours depuis ces 6 derniers mois passés sans dormir ou presque, il se traîna pour s’installer devant le panneau de contrôle. Son algorithme de siphonnage de data tournait encore, mais devait se terminer aujourd’hui. Quant à sa précieuse cargaison à plumes, parquée à fond de cale, elle allait bien, endormie dans une stase silencieuse. A défaut d’être épargné par l’odeur immonde de 100 000 poussins à peine sortis de l’œuf, Damlin échappait aux piaillements. Et puis, pour faire les modifications nécessaires sur leurs ImpADs, valait mieux qu’ils soient pas éveillés. Il grimaça au souvenir passablement désagréable du premier poussin transgénique dont il avait bidouillé l’implant ADN. C’était bien pratique de pouvoir en faire des machins de 3 tonnes, via des puces implantés dans leur génome, mais ces cochonneries avaient la fâcheuse habitude de chauffer quand on les piratait. Et un poussin de 2m30 dont toutes les cellules se mettent à chauffer en même temps, non seulement ça gueule PIOU PIOU PIOU très fort, mais ça met des coups de becs… Damlin caressa sa jambe droite. Le pauvre animal lui avait presque coupée en deux. Naturellement, après avoir dégommé le colossal volatile, il avait simplement récupéré un ImpAD de réserve, qui une fois injecté avait gracieusement reconstitué ses chairs.

 Une bien belle invention tout de même ces trucs. Les implants médicaux étaient bien utiles, même si évidemment, les plus vendus étaient les ImpAD d’apparat. Pensez-donc, trois instructions sur un ImpTerminal, et vous deveniez blond, musclé aux yeux bleus ; deux autres, et vous étiez une plantureuse dryade à la peau violette. Les espèces, sexes, apparences, n’existaient plus, car toutes étaient possibles. De façon peu surprenante, les gens n’en avaient pas eu grand-chose à faire de filer leur code génétique à une TransGalactique, en échange de l’accès à la liberté ultime, comme le répétait en boucle les bornes holographiques des stations de ravitaillement.

Damlin lui, s’interessait davantage à son business de vendeur de poulet qu’à la possibilité d’avoir une belle gueule. L’essor des ImpADs lui avait permis de transporter des plus gros animaux, et donc de réduire les coûts. Le secteur agronome avait été ravis de cette opportunité. Mais bon, Transporteur Indépendant, c’était pas la folie comme job, surtout quand on a un doctorat de Bioingénieure Moléculaire. Tout en ruminant ainsi sur son boulot , il pianota sur l’écran. Tout ça, ça allait bientôt changer. Il y était presque. Après des années à bosser comme un âne sur le « Vélocité », son piratage arrivait à son terme, et il allait pouvoir se mettre à fréquenter les hautes sphères du pouvoir. Il avait bien essayé, à l’époque de son ancien taff, de parler de ses idées novatrices à quelques collègues. Il était brillant après tout, les gens le savaient. Mais ces imbéciles d’universitaires de pacotille n’avaient aucun sens des affaires. Ils réalisaient pas le potentiel de ses idées. Sous prétexte que modifier à ce point l’ADN n’était pas éthique, ils l’avaient viré, et radié de l’Académie.

C’est pour ça qu’il s’était reconverti dans le transport de volaille. C’était un métier très ennuyant, mais il avait tout le temps du monde pour ses petites expériences de génétique. Il avait commencé par modifier l’apparence de quelques poulets, en leur faisant pousser des dents, des ailes…Evidemment il ne les livraient pas, mais quelques poulets passés pour morts parmi des dizaines de milliers…c’était la couverture parfaite ! Au bout de plusieurs mois de travail, répartis entre piratage des implants, recherches sur le génome et reconfiguration ADN, il était parvenu à obtenir de véritables ptérodactyles ! Il avait fait remonter des millions d’années à ses poulets, via leur code génétique.

 Ses futurs clients seraient ravis de leurs achats. Là-bas sur Saturne, les gens s’étaient pris de passion pour le passé lointain de la Terre. Les Saturniens, fins gourmets, rêvaient de gouter des nouveaux mets. Les dinosaures étaient devenus leur dernière obsession. Leur obtenir des œufs de ptérodactyles, celle de Damlin. Ils n’avaient pas encore réussi à convaincre le Consortium Galactique de leur permettre de faire le saut temporel pour aller chasser des T-Rex, mais cela n’était qu’une question de temps. Ces gens-là étaient riches jusqu’à l’absurde, et chacun savait qu’ils étaient prêts à dépenser des sommes folles pour de la nourriture exotique. La corruption marchait toujours aussi bien, et les derniers gratte-papiers rétifs du Consortium y aurait bientôt succombé. Raison de plus pour se dépêcher de faire les dernières modifications d’ImpAD à ses poulets géants, et pour pousser sa poubelle de l’espace à accélérer. Une fois le portail temporel mis en place, il ne serait plus le fournisseur exclusif de plats à base de dinosaure. Ses rêves auraient été mis en pièces avant d’avoir pu se réaliser…

— « DATA completes, accès au mode sans échec garanti. »

Enfin ! La voix métallique du vaisseau retenti en annonçant les commandes que Damlin attendait depuis des lustres, semblait-il. La compagnie qui éditait les ImpADs génétiques avait bien bossé ses logiciels anti-intrusion, mais il était le meilleur. Après quelques instructions très précises rentrés sur le Terminal, Damlin ferma les yeux. Voilà, c’était bon. Il avait contourné le dernier pare-feu, rentré la dernière ligne de code. C’était sa dernière expérience de modification génétique. Cette fois-ci, il avait bien tout paramétré, et il avait la certitude de n’avoir rien oublié, pas le moindre petit allèle du moindre petit gène. Ses gros poulets allaient sous peu pouvoir se mettre à pondre. C’avait été le plus gros défi, et il l’avait enfin résolu. 

Les modifications liées aux ImpADs allaient encore mettre plusieurs jours à se mettre en place. Après plusieurs heures de programmation, Damlin alla se coucher. Si tout se passait bien, les ptérodactyles auraient pondus d’ici son arrivée sur Saturne.

*

Plusieurs semaines plus tard, le Vélocité était enfin sur la géante gazeuse. Dès son arrivée en orbite, Damlin avait réunis ses contacts, et tout était prêt. Avec Blorax le boucher et Cantor la chef cuistot, ils avaient travaillé sans répit pendant plusieurs jours, à abattre les ptérodactyles sédatés, à récolter leurs œufs, et à préparer le menu. Aujourd’hui, le menu du restaurant de Cantor affichait en lettre d’or trois plats, les premiers de leur genre :

« Soupe de crêtes de ptérodactyles »,

« Omelette d’œufs de dinosaure »,

« Cuisse de ptérodactyle aux chanterelles ».

Les trois compères, voyant la foule qui commençait à s’amasser à l’extérieur de l’échoppe échangèrent un regard. Leur fortune était assurée.

Contrainte 1
Né(e) un jour néfaste
Contrainte 2 Le dernier griffon

LA LÉGENDE DU GRIFFON

M

Croyez-vous-en la paix ?

Pensez-vous qu’un jour, nous vivrons à nouveau tous ensemble ?

Lila n’y croyait pas non plus, jusqu’à aujourd’hui. A  l’aube de ses dix-sept ans, la voilà devant un œuf particulier. Elle l’observe un instant avant de comprendre ce qu’il est. Ceci est son espoir, leurs espoirs à tous.

D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, la jeune femme a toujours vécu dans les sous-sols de sa ville. La guerre entre humanoïdes et créatures surnaturelles a éclaté bien avant sa naissance. Elle n’en connaît pas vraiment l’origine, Lila sait que du jour au lendemain, Lycans, vampires et sorciers ont été chassés et tués. Le peu de survivants ont dû apprendre à cohabiter ensemble sous la terre.

La jeune femme fait partie du clan des sorcières. Il ne reste plus que sa famille, et elle sait que par élimination, c’est elle est l’élue.

Pour assoir leurs pouvoirs, les humanoïdes, êtres humains implantés, ont détruit les seuls êtres capables de les exterminer. Mais ce que ces êtres abjects ne savaient pas, c’est que le grand ROI de la Nuit cacha le dernier œuf avant de mourir.

La brune observa la sphère étrange, en se remémorant la prophétie que ses parents n’avaient cessé de lui conter depuis sa naissance.

« Viendra le jour où,

Le dernier griffon viendra à nous,

Né par un jour funeste,

A une jeune sorcière il apparaitra »

Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas immédiatement que l’œuf se craquelait, ni même qu’une petite patte poilue apparut. Un cri perçant résonna alors dans le tunnel où la jeune femme s’était perdue, et le petit être finit de sortir de sa coquille. Il se dirigea d’instinct vers elle, et à ce moment-là, Lila ne put s’empêcher de le prendre dans ses bras.

— Maman ! Papa ! Regardez ! dit-elle en rejoignant l’endroit où se tenait une espèce de petit marché.

Toutes les têtes se tournèrent vers elle, et des cris de joies se firent entendre. Les uns ou les autres se sautèrent dans les bras, l’encerclèrent. Son petit griffon cacha sa petite tête d’aigle dans le creux de son bras. La jeune femme lança alors un souffle de vents afin de faire partir les malotrues, et leurs ordonna d’une voix qu’elle ne se connaissait pas de disparaître de sa vue.

Leurs sauveurs étaient nés, mais personne d’autre qu’elle ne devait l’approcher.

*

            Quelques mètres au-dessus d’elle, Swan regarda le ciel. Malgré l’heure tardive, le soleil ne s’était pas encore levé. Il s’sentit la peur s’immiscer en lui. Le jour funeste venait d’arriver, il en était sûr.

Le jeune homme s’était levé avec l’étrange impression d’avoir un bug dans le système. Il se sentait comme au ralentit, sans comprendre le pourquoi. Il savait que les implants intégrés à la naissance ne pouvaient pas être piraté, mais il savait également que seul la naissance d’un griffon appartenant à une sorcière pouvait les détruire. Comment ? Il n’en savait fichtre rien. Par contre, les rumeurs disaient qu’il existait encore une famille de sorcier caché, et les légendes parlait du fait que leur ROI avait réussi à subtiliser un œuf et à le cacher.

L’humanoïdes respira un grand coup, se laissa tomber en arrière de la Tour ou il s’était perché, et se redressa juste avant de s’éclater au sol, atterrissant sur ses jambes avec difficultés.

Il s’empressa de rejoindre le centre-ville et se dirigea vers le labo Implantin . L’endroit où avait lieu tout toutes les opérations. Il monta directement directement au bureau du Docteur Jayrick, son propre père.

— Swan, je vois que tu n’as pas perdue de temps, lui dit-il en le voyant arriver.

— Que se passe-t-il père ?

— Je ne saurais te dire, plusieurs personnes sont déjà venus me voir, m’expliquant que leurs implants cérébraux ne fonctionnes pas correctement. Je n’ai rien vue à l’œil nu. Je pense donc être obligé d’opéré afin d’analysé directement le circuit.

— Tu as déjà quelqu’un en tête ?

— Ta mère s’est proposée.

Swann lança à son père un regard noir. Comment pouvait-il demander à sa propre femme d’être son cobaye ?

— Ne me regarde pas comme ça, c’est elle qui me l’a demandé. Elle a été la première impactée par ses défaillances, elle est donc là plus atteinte. Viens avec moi au bloc si tu veux.

L’homme observa son père entailler la base de la nuque de sa mère, qui se devait de rester consciente. L’opération ne pouvant se faire sur un sujet endormi, au risque de griller le système. Swann prenait sur lui et essayait de la faire rire, afin qu’elle ne pense pas à la douleur atroce qu’elle devait ressentir. En faisant cela, il tentait par la même occasion de gérer son propre stress, peut habituer à voir sa mère sur le billard.

— Merde, lance soudain son père dans un crie de panique.

 Le grand brun n’eut pas le temps de réagir, il se retrouva couvert de sang et de bout de cervelle. L’implant de sa mère venait littéralement de faire exploser son crâne. Swann sentit son cerveau surchauffé. Il savait qu’il se passait quelques choses, mais n’arrivait pas à savoir quoi. Il se retrouva immobile, et vit le crane de son père et de tous ses collègues éclater à leurs tours. Il s’immobilisa, et la dernière pensé qu’il eut avant de mourir fut pour sa mère.

Pendant que le Docteur Jayrick opérait sa femme, Lila avait prit la décision de monter à la surface avec Grigri, son petit Griffon. Elle voyait que plus elle approchait de la surface, plus celui-ci grandissait et paraissait humain.

Quand enfin elle fut en haut, le spectacle qui s’offrit à elle l’a fit se vider ses tripes. Le sol était jonché de cadavres sans tête. Le petit griffon déploya ses ailes, et devint d’un seul coup immense. Il prit de la hauteur et alors qu’il atteignait une distance importante, il plongea en piqué en direction de Lila, le bec en avant, avant de la percuté de plein fouet.

« Viendra le jour où,

Le dernier Griffon viendra à nous,

Né un jour funeste,

A une jeune sorcière il apparaître.

Il sera le Dieu de tous,

Et se nourrira des implants piratés,

Volontairement placé dans un groupe humain,

Afin d’avoir assez de pouvoir,

Pour détruire les monstres sous terre,

Et ainsi nous sauvez-nous,

Les derniers survivants de la Terre. »

Contrainte 1
Un trésorier sans le sou
   

PIRATAGE D’IMPLANTS

Sur le front dégagé et le crâne lissé

Vivent ou survivent de petits peuples isolés

Dont l’un d’eux à coup sûr, changera les données…

 

Chapitre du début : A un cheveu, de la la fin du Monde

—Capitaine ! Capitaine ! Luisance en vue ! Capitaine !

Le soleil se levait sur un Follicule Vierge qui fendait le Grain-Marron depuis maitenant si longtemps que plus personne ne comptait les jours. Du haut du mât, perché sur sa Vigie, Perséfonne Soyeux hurlait à s’en rapper les cordes vocales. Il était loin d’avoir la meilleurs vue. Il était loin d’avoir l’intellect des plus grands, et pas plus proche de représenter un quelconque avenir pour le gigantesque Follicule-Vierge. En soit, et à part lui, tout le monde s’en rendait compte. On l’avait donc installé tout là haut pour qu’il ne soit pas en bas, à créer un quelconque accident par mégarde.

Sur le pont principal, justement, du Follicule-Vierge, Bramade Valterpine odacieuse Capitaine discutait, encore une fois, avec son conseiller financier. Elle connaissait le Grand-Crâne comme ça poche et ne s’étonnait pas  de voir la Luisance apparaître. Le Grain-Marron touchait à sa fin. L’équipage allait pourvoir réspirer.

Fille. Petite fille, arrière petite fille de Capitaine… et j’en passe et des meilleurs, elle était la seule à même de dirriger son peuple. La meilleure parmies les meilleures… L’unique… Et pourtant… Bramade Valterpine tirait là, une tronche de six cheveux sous terres…

— Alors c’est vrai… Même les impôts ne suffisent plus Grande-Peigne ?

Le trésorieur aux traits déformés pouvait difficilement être plus moche. Encore plus en restant ici, dans l’ombre de Bramade Valterpine et sa prestance quasi-divine. Mais aussi vrai qu’elle était une Capitaine renommée, aussi véridique qu’elle dirigeait le Follicule-Vierge depuis des décénies, aussi exact qu’elle manoeuvrait le bateau ville sur les flux de kératine comme personne avant elle ne l’avait fait, les caisses étaient pourtant vides. Et Grand-Peigne, le conseiller des capitaines depuis si longtemps que le terme toujours ne serait en rien abusif, ne pouvait que répondre par l’affirmative.

— C’est bien vrai Capitaine. Je ne saurais le dire différment. Nous sommes sans le sous. Le Follicule-Vierge se dégrade. Le peuple menace. Et puis… et puis…et puis il y a l’absence des grands poils…

Grand-peigne était l’un des rares à pouvoir parler ainsi à Bramade Valterpine… Elle le respectait avant tout parce qu’il avait si bien connus sa mère… sa grand mère… Son arrière grand mère et j’en passe et des meilleurs… Mais elle le respectait aussi parce qu’il était toujours sincère. Avec l’âge, ses dents ne rayaient plus le parquet du bâtiment, certes, mais il savait encore compter. Et il le faisait bien. Peut être trop bien même. Il ne faisait pas dans la demi mesure. Jamais. Il disait le choses tels qu’elles étaient. Point.

— Je ne pourrais dire autrement que : “nous sommes foutues Capitaines”. Nous aurrons beau continuer de naviguer encore et toujours sur le Grand-Crâne. Nous aurons beau tout faire… nous n’avons plus de quoi nourrir notre peuple. Nous n’avons plus de quoi commercer… et…

— Et nous ne trouvons plus de longs poils… je sais… je sais… Qu’aurais-je pu faire d’autre ?

Pour la toute première fois de sa vie, Bramade Valterpine s’affaissa. Certes, les épaules d’abord… mais tout de même… elle s’affaissa. Sur la boiserie élimée du pont supérieur, son ombre décrut. Signe de mauvaise augure. Juste de quoi laisser les rayons de soleils éblouris un trésorier ruiné.

— Capitaine ! Dites Capitaine ! Vous avez entendu ? J’ai dis : Luisance en vue ! Rapport au fait qu’on sort peu à peu du Grand Marron ! Capitaine ? Nan mais là je vois bien que vous m’entendez pas ! C’est pas que ça m’embête mais je suis déja vachement penché au dessus de la ballustrade et.. Oh merde !

— Perséfonne Soyeux n’eut point le temps de finir sa phrase. Du moins, il n’eut point le temps de finir sa phrase les deux pieds sur du dur. Il évita de peu Bramade Valterpine et termina sa vertigineuse chute sur les boiseries sans âge du vaisseau-ville. Le Follicule Vierge ne bougea pas. Ne vibra pas. Il tenait encore la marrée… mais pour combien de temps encore pensa Bramade…

— Scusez Capitaine… J’ai rippé… C’est que j’voulais vous dire que..

— Je sais… je sais Perséfonne… Tu… tu as bien fais. Je t’avais entendu… Tu… je dois avouer que tu progresses un peu à la vigie… c’est… C’est bien…

— Ah bah ça m’fait bien plaisir c’que vous dites là… Vous avez pas l’air dans votre assiette… Oh ! Bonjour m’sieur Grand-Peigne ! J’vous avais point vu… Dites… si vous voyez un dent… c’est la mienne hein. Vous… Vous en fêtes vous deux une drôle de tête ? Ça va pas ?

Perséfonne Soyeux pouvait se permettre de parler ainsi aux plus hautes autorités de son peuple. Sur le Follicule-Vierge personne d’autres ne se serait permis de le faire. Mais sur le Follicule-Vierge, démeusrée vaisseau monde de ce si petit peuple, personne ne maîtrisait aussi mal les compétences sociales que Perséfonne Soyeux.  Le trésorier et la Capitaine se regardère de ce regard qui veut tout dire, mais surtout, qui veut dire : “à lui, on peut lui dire… c’est pas le couteau le plus affuté du tiroir, c’est vrai, mais cela allegera peut être un temps soit peu le poids que nous incombe le pouvoir…”. Ouai. Un regard qui voulait dire beaucoup… C’est Bramade Valterpine qui pris la parole en première.

— Qu’as tu remarqué Perséfonne… du haut de ta vigie ?

— Qu’il faisait vachement de vent ?

— Certes… Certes… et ?

— Bah… que… que la grande luisance était toujours aussi rose… ou blanche… j’ai jamais su. Oh si, et aussi que les Grands Marrons étaient plus nombreux !

Grand-Peigne redressa autant qu’il le put la tête et plongea son regard dans ceux du jeune mousse nouvellement édenté.

— Oui… comme tu le dis… du temps ou moi même j’étais jeune… du temps ou je n’imaginais même pas être, un jour, le trésorier du Follicule-Vierge…

La jeunesse et l’impulsivité ont cela en commune de favoriser les interruptions. Perséfonne Soyeux possédait les deux :

— Oh… parce que vous avaez été jeune un jour Grand-Peigne ?

Grand-Peigne connaissait bien Perséfonne Soyeux. Il avait depuis longtemps acquis cette sagesse rare de faire comme si Perséfonne Soyeux pouvait, parfois, parler pour ne rien dire. Il enchaîna donc, sous le soleil déclinant.

— … de ce temps, donc, disais-je je me souviens que les grands poils couvraient notre terre…. Je me souviens que les Grands-Marrons étaient si rare qu’on les appelaient mêmes encore : Orage de Beauté… Je me souviens de ce temps ou les grands poils n’étaient pas couleur cendre… Je me souviens de tout cela… et de plus encore…

— Tu te souviens d’un temps, Grand-Peigne, que je ne n’ai moi même jamais connu, arguant rageusement Bramade Valterpine… Nous courrons vers notre perte. Regarde ! Regarde par toi même, jeune Perséfonne Soyeux… regarde l’avenir qui s’impose à nous… Le vide. La grande Luisance… Il n’y a pour nous que l’absence de tout qui se dessine devant nous. Nous mourrons à petits feux… Perséfonne Soyeux… et je m’en excuse… Oui je m’excuse de toute cela…

Une risée balaya le vaisseau ville… Le Follicule-Vierge craqua. Les voiles claquèrent… Quelques cris, loins derrières, rappelèrent au trio, sur le pont principal, que des manoeuvres étaient en cours. Tout le monde connaissait son boulot ici. On attendait d’une Capitaine qu’elle dirrige dans les moments critiques… Dans les moments… comme ceux-ci…

— Vous savez, quand j’étais petit, mon papé me disait toujors que jamais aucune Capitaine n’avait eut autant de courage que vous Capitaine. Alors moi… je me fais aucun soucis… je me dis toujours : Perséfonne, mon bon Perséfonne, t’es p’tet con comme un marron, mais tant que Bravade Valterpine est à la tête de notre peupleil peut rien nous arriver… Parce que si c’est sur toi qu’on compte mon Persé… on a pas le cul sortis de la Kératine !. Voilà. C’est c’qui disait mon papé. Il disait ça et après il retournait au turbin. Et il me disait aussi : surtout change rien mon p’tit Persé… change rien jusqu’au jour ou t’auras p’lus l’choix que d’changer un truc.

Si Perséfonne Soyeux avait voulu jeter un froid, il ne se s’y serait pas pris autrement.  Mais si Perséfonne Soyeux avait voulu planter une petite graine dans le cerveau de la géniale Capitaine…

Il aurait pronocer, mots pour mots… la même chose.

Il fallut à Perséfonne Soyeux plusieurs heures pour remonter sur sa vigie.

Il fallut à Grand-Peigne tout autant de temps pour retourner à ses comptes.

Il fallut quelques minutes à Bramade Valterpine pour s’enfermer dans sa cabine…

Il lui fallut encore quelques heures de sommeil pour, alors que la nuit innondait d’absence de lumière le vaisseau-ville, se précipiter comme une belle-diablesse dans les archives du Follicule-Vierge.

 

Chapitre du milieu : comme un cheveu sur la soupe…

— Là ! Nous irons ici !

Bramade Valterpine hurla dans la gigantesque bilbliothèque de Follicule Vierge.

— Assistant ! Il me faut une reproduction de cette carte ! Et convoquez moi tout mon état major ! Réunion dans 4 heures sur le pont principal !

Il fallut quelques instants à la Capitaine pour qu’elle se souvienne qu’elle était seule, dans les archives. Qu’il faisait nuit et que, surtout, Grand-Peigne lui avait annoncé qu’elle ne pourrait plus se permettre d’embaucher du personnel supplémentaire. Elle referma le livre dans un nuage de poussière, parce que, quand même, il y a des traditions dans les vieilles archives, et détala en direction du pont principal.

Perséfonne Soyeux avait le sommeil léger. Surtout parce qu’il s’endormait toujours au haut de la vigie et qu’il se réveillait au pied. Au moment de la chute. Toujours à la même heure. Il tombait à point,en général. Et surtout ce jour là. Enfin, cette nuit là. Bramade Valterpine le saisit donc “au saut du lit” pensa-t-elle.

— Perséfonne Soyeux, je vous nomme mon nouvel assistant. Ramassez vos dents au plus vite, et convoquez moi l’état major. Réunion dans 4 heures ici même sur le pont principal. Tu avais raison Perséfonne Soyeux. Il n’est plus possible de vivre ainsi… Il nous faut changer… A commencer par toi. Je te nommes Vigie officielle, déjà, mais aussi mon asssitant.

Boum.

Léger boum.

Après quelques minutes, Bramade Valterpine parvint à réanimer Perséfonne Soyeyux…

— Je sais, ça fait un petit choc Perséfonne Soyeux… Mais là, j’ai besoin que tu me convoque l’état major. Et j’ai besoin que tu le fasses vite ! Alors file mon petit couteau à beurre ! File comme si la vie de notre peuple en dépendait !

— Bah… c’est que c’est une décision qui tombe un peu comme des chevaux sous la coupe quoi…

— Un cheveux sur la soupe Perséfonne… C’est comme un cheveux sur la soupe qu’on dit…

— Ah… J’préférais l’autre…

Et aussi étonnant que cela fusse possible… Perséfonne Soyeux réalisa sa mission. Non sans heurts, c’est vrai. Non sans erreurs non plus. Et pas dans le temps, ok…. Mais quinze jours plus tards, l’état major était réunni, sur le pont.

Le jour même ou le peuple du Follicule-Vierge constat que, de nouveau, les grands poils à l’horizon n’étaient plus ce qu’ils étaient…

Et de toute ça posture de capitaine, Bramade Valterpine prit alors la parole…

 

Chapitre de fin : Les cheveux en Batailles !

La légende raconte que le peuple du Grand Implant ne vit rien venir.

Ils étaient pourtant des grands guerriers. Ils défendaient la foret de grand poils du Grand Implant avec une férocité qui terrorisait le monde entier. Du moins leurs mondes…

Ils étaient arrivés sans prévenir… Par un beau jour… En plein milieu d’une grande Luisance de grand Poils étaient apparus… et eux avec… Comme…. Télétransplantés…

Ils avaient tout de suite montrés de quel Kératine ils étaient faits.

On avait tenté de commercer avec eux.

Ils n’avaient renvoyés des emmissaires que certains de leurs morceaux.

Alors… laissant le grand Implant ou il était.

Soit sur les cartes.

Et puis on les oublia.

Jusqu’à Bramade Valterpine et son Follicule-Vierge.

Parmis les guerriers du grand implant, on cru d’abord à une blague.

Une vaste blague.

Et puis… comme le dis la légende.

Il y eut un cri.

Un cri et un grand Boum.

D’abord ils rirent. De bon coeur en voyant la vigie du Follicule-Vierge s’éclate au sol…

Puis… une vague d’effroi les tétanisa… En voyant la même vigie se relever…

Vivante.

En un seul morceau.

Un couteau à beurre, certes, mais incassable…

Il ne fallut pas longtemps pour que le grand implant s’en retrouve pacifié.

Enfin… Parcifié…

Le terme est abusif.

Car désormais, sur les cartes, on ne se contente plus de nôter le grand implant.

Désormais, on ne manque pas de préciser que c’est ici que mouille : Le Follicule-Vierge… Le célèbre vaisseau-pirate de Bramade Valterpine et Perséfonne Soyeux !

Contrainte 1
Kiki
Contrainte 2 Enfin ??!!

KIKI ??!!

« Kiki ? Kiki !!! Il est où mon choupichien ? »

La voix de ma vieille humaine me hérisse toujours autant les poils. Je n’en peux plus, je ne la supporte plus. C’est toujours du choupi-machin par-ci, du mignon-truc par là, du et que je te prends sur les genoux pour te faire des papouilles… Sous prétexte qu’elle m’a adoptée dans un refuge, elle croit que je suis son brave petit toutou, son adorable gros caniche inoffensif.

Mais c’est vrai, je n’ai pas eu le choix que de jouer le jeu pendant trois longues, bien trop longues années. Tirer la langue, baver en prenant  l’air ravi, accepter ses caresses – je l’admets, ce n’était pas le pire –, les toilettages – ces coupes de poils ridicules sont une honte absolue, laissez mon pelage tranquille ! – ou les croquettes et friandises dégueulasses qu’elle me refilait…

Et quand je dis dégueulasse, je pèse mes mots. Vous avez vu des humains manger de la bouffe pour chiens ? Non, il me semblait bien.

Oui, trois longues années, tout cela parce que ma vieille n’est pas connectée au Rézo, hormis sur son vieux système tridéo. Et qu’il était impossible de capter le réseau des voisins.

« Kiki ? Viens voir ta mémé ! »

Aujourd’hui est le grand jour. Tout à l’heure, je serai libre. Je vais pouvoir enfin fuir cette prison, arpenter la mégalopole seul, et utiliser mon intelligence supérieure pour retrouver mes frères et sœurs.

J’étais couché dans la chambre, dans mon panier, au milieu des peluches dont elle a jugé bon de m’offrir la « compagnie. » J’accepte volontiers de les laisser derrière moi – surtout ce vieux et horrible petit singe en plastique jauni par le temps, au poil élimé et qui suce son pouce – et je rejoins donc mon humaine dans le salon.

L’air niais – elle dirait attendri – elle me regarde approcher.

Elle ne sait pas qui je suis réellement. Elle m’appelle Kiki, mais mon nom de code est W.Ouf.1.6.9. Elle pense que je suis un bête animal de compagnie, mais je suis bien plus que cela. Je suis un chien cyborg. J’ai un cerveau amélioré, une intelligence plus qu’humaine, des implants de qualité militaire. Né simple chiot, j’ai été opéré et augmenté dans un laboratoire maintenant détruit par ma fratrie et moi.

Frères et sœurs qui, cobayes surefficients comme moi, ont ensuite été traqués, et pour certains, tués. Je les pleure encore. Les autres ont dû se cacher pour survivre, comme je le fais ici. Nous ne sommes plus en contact, mais je les retrouverai.

En attendant ce jour, j’ai un plan, les hacks idoines, tout est prêt. Je trottine vers ma mamie, repensant à tout le temps passé, tout le travail nécessaire.

Elle ne sort jamais de ce grand appartement – le mode cybermoderne de la mégalopole est bien trop dangereux, serine-t-elle toujours en répétant les titres des infos qui passent en boucle sur sa tridéo.

Certes, elle est vieille, et les divers implants qui la maintiennent en vie sont fragiles.

Non, je ne veux pas la tuer. Mais j’ai enfin trouvé un moyen sûr de les pirater pour qu’elle m’obéisse, m’ouvre les portes de l’appartement, et me laisse sortir dans les rues, libre.

En approchant du canapé, j’aboie doucement avant de couiner, comme si je quémandais une caresse.

Je suis un peu nerveux, mais je ne reculerai pas. C’est vrai que le premier test, il y a maintenant soixante-sept jours, n’a pas été très concluant.

Il m’a fallu de long mois pour glaner les infos nécessaires, me connectant tant bien que mal à la tridéo les moments où ma mamie dormait, pour enfin pouvoir arpenter certaines connections du Rézo mondial. Trouver les modèles d’implants dont mon humaine était pourvue. Comment les pirater, avec quels virus. Arriver à programmer le hack spécifique pour elle.

Oui, cela parait difficile pour un chien sans doigts, mais l’implant connectique de ma patte droite est très, très sensible et me permet une aisance numérique sans failles.

Et pourtant, donc, je m’étais planté sur un paramètre. Ce jour-là, j’ai mis les implants de ma mémé en surchauffe, sans pour autant arriver à en prendre le contrôle. Le système d’urgence s’est activé, une ambulance est arrivée pour l’emporter pendant deux jours – j’ai bien essayé de me faufiler par la porte, mais les infirmiers m’ont empêché de passer.

« Oui, viens mon Kiki. Viens faire un câlin, mon beau toutou. »

Une bouffée d’irritation, mais je garde le contrôle de mes émotions. Ce jour est trop important.

En cas d’urgence médicale, ses implants cérébraux et moteurs sont accessibles via un connecteur tactile qui se trouve sur sa clavicule gauche.

Je saute sur ses genoux et, faisant mine de vouloir la léchouiller, je me redresse et pose ma patte sur ledit connecteur. A toute vitesse, je craque les codes de sécurité et envoie mon petit programme prendre le contrôle de ma cybermamie.

Un instant d’attente, puis elle arrête de me caresser, le regard vide.

Je saute de ses genoux alors que mon hack prend effet. Elle se lève lentement, et va d’un pas mécanique vers la porte de son appartement.

Celle-ci s’ouvre sur un grand couloir dans lequel je me précipite. La moquette est moelleuse, et les lumières tamisées mettent bien en valeur le décor néo arts déco que les humains prisent tant ces dernières années.

Le pas de mon humaine est toujours aussi mécanique alors qu’elle va appeler l’ascenseur, puis se retourne.

« Tu viens, Kiki ? » dit-elle d’une voix monocorde.

Tiens, je ne l’avais pas programmé, ça. Il est surprenant qu’elle aie gardé un peu d’initiative.

Visiblement, mon virus n’est pas parfait. Son pas trop rigide et forcé me fait bizarre ; je sais qu’elle est vieille, mais d’habitude elle marche lentement, de manière hésitante, mais pas comme cela. Quelque part, j’espère quand même ne pas lui fait trop de dégâts.

Mais qu’importe ! L’ascenseur descend. Mon excitation monte à la même vitesse.

En bas nous attend un grand hall tout en chrome et or. Dehors, par les The experiment is over.

baies vitrées, je vois une large avenue, où circulent quelques piétons et de rutilantes voitures.

Enfin le monde extérieur et la liberté !

Je me dirige vers les portes coulissantes sans un regard en arrière.

Enfin, oui, enfin !

Mais…

Les portes ne s’ouvrent pas ?

Ma vieille ne bouge pas, ne vient pas les ouvrir pour moi ?

Mais enfin ? Que se passe-t-il ?

Je me retourne.

Ma mamie me regarde avec un sourire carnassier que je ne lui connaissais pas, et qui me fait froid dans le dos.

Elle tient en main une sorte de… taser ?

Non, ce n’est pas cela. Plutôt une télécommande, qu’elle pointe vers moi.

Je n’ai pas le temps de m’enfuir, qu’elle appuie déjà sur un bouton.

Mon cerveau s’arrête. Je ne peux plus penser, plus contrôler quoi que ce soit. Je suis hacké à mon tour… Ou plutôt je suis le seul à l’être. La part consciente de moi assiste, impuissante, au retour vers sa maîtresse du bon toutou baveux et affectueux que je suis.

« Enfin, dit ma mamie ; je n’y croyais plus vraiment… Vois-tu, W.Ouf.1.6.9, tu as mis bien trop longtemps pour tenter de t’évader. De toute évidence, ta programmation n’était pas optimale. Désolé de te le dire, mais tu es un échec. Enfin, une demi-réussite, au mieux… The experiment is over. »

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A propos de Mia-

Membre du Club depuis 2005, Magali participe au comité de lecture d'AOC et s'occupe activement des matchs d'écriture, qu'elle colporte dans plusieurs festivals dédiés à l'imaginaire. Accessoirement, redoutable mouche du coche professionnelle :)

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