« Le garçon et la ville qui ne souriait plus » de David Bry

Romain est un adolescent de la bonne bourgeoisie parisienne. Écrasé par une mère rigide qui ne jure que par les conventions sociales, ignoré par un père que le travail accapare, il s’enfuit chaque nuit pour rejoindre la Cour des Miracles, où vivent les anormaux, tous les parias que les lois de la Norme édictée par l’Église ont condamnés à s’exiler.

On y trouve des fous, des obèses, des difformes, tous ceux et celles qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas considérés comme normaux. Romain non plus n’est pas « normal », même si sa différence à lui ne saute pas aux yeux. Lorsqu’il découvre qu’un complot vise à détruire la cour et ses habitants, il comprend qu’il devra se dévoiler au grand jour, au risque de tout perdre.

Mais il ne peut se résoudre à abandonner Joséphine, Akou et surtout Lion. Tous seront à ses côtés pour tenter d’échapper aux Lames Noires, des mercenaires à la solde de l’archevêque, et faire échouer la conspiration. Le garçon et la ville qui ne souriait plus prend place dans un Paris alternatif du XIXe siècle, où l’Église pèse de tout son poids sur la société pour écarter tous ceux qu’elle considère « différents ». Il s’agissait au départ de personnes atteintes de maladies mentales ou de difformités physiques, et puis l’intolérance a progressé et se retrouvent mis à l’index les étrangers, les noirs, les obèses, les homosexuels, les opposants politiques…

Chaque chapitre s’ouvre sur des extraits de chansons, des textes de loi, des articles de journaux, qui permettent au lecteur de s’immerger dans l’univers proposé. Quel plaisir que ce nouveau roman de David Bry ! Tout sonne parfaitement juste grâce à la multitude de petits détails qui insufflent de la vie. Les personnages possèdent une épaisseur et une authenticité remarquables, de Romain, l’adolescent tourmenté, à son ami Ambroise, loyal et généreux, d’Akou que sa peau noire a condamné à Joséphine dont l’intelligence et la générosité sont aussi vastes que le corps, de la mère piégée dans ses certitudes au père qui s’interroge, tous sont criants de vérité et de justesse.

Le style de David Bry est d’une rare élégance, plein de poésie, mais également de force. Il insuffle à son histoire des accents presque épiques et mène tambour battant son intrigue, tout en accordant à ses personnages ces petites respirations qui permettent de mieux les connaître. Le roman est une formidable réflexion sur l’adolescence et sur la difficulté d’être soi.

C’est aussi un hymne à la liberté, un plaidoyer magistral pour la tolérance, l’acceptation des différences, en montrant avec beaucoup de subtilité qu’elles enrichissent au lieu d’appauvrir. Du suspense, de l’action, un soupçon de romantisme, une exploration sensible et intelligente des relations familiales, amicales, amoureuses, un cadre soigné, on trouve tout cela dans ce très beau roman, à mettre entre toutes les mains !

Chronique de Sylvie ‘822’ Gagnère

A propos de Christian

L'homme dans la cale, le grand coordinateur, l'homme de l'ombre, le chef d'orchestre, l'inébranlable, l'infatigable, le pilier. Tant d'adjectifs qui se bousculent pour esquisser le portrait de celui dont on retrouve la patte partout au Club. Accessoirement, le maître incontesté du barbecue d'agneau :)

Consulter aussi...

« Roslend en trois tomes : Roslend, Trisanglad et Spria » de Nathalie Somers

La Seconde Guerre mondiale fait rage et le Blitz s’est abattu sur Londres. Lucan et …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.