« Le Moineau de Dieu » de Mary Doria Russell

En 2019, une émission radio extraterrestre, hors système solaire, est repérée par Jimmy Quinn. En 2059, Emilio Sandoz est le seul rescapé du premier voyage interstellaire, organisé en l’occurrence par les jésuites, toujours prêts à aller voir ailleurs s’ils y sont, vers la planète Rakhat.

Fortement touché physiquement et psychiquement, Emilio est, semble-t-il, accusé d’avoir commis de véritables exactions sur la planète étrangère. À partir d’un début assez abscons, presque sec, Mary, Dona Russell fait montre d’une plume rigoureuse, allant chercher le personnage d’Emilio dans son passé avant de nous replacer dans un présent incertain, mais passionnant.

Alors que les media s’acharnent sur Emilio, la compagnie de Jésus veut tenter de protéger son frère, bien que cela paraisse presque impossible. On suit en parallèle les efforts faits par les jésuites afin de permettre à Emilio de s’exprimer, de témoigner en 2060, et la narration de la rencontre de l’équipe d’exploration, amicale en diable, dans les années 2018-2022, les raisons de cette expédition et ses préparatifs, puis le voyage lui-même.

Le suspens s’installe tranquillement, la sympathie pour Emilio augmentant avec les craintes des événements qui se sont déroulés sur Rakhat pour qu’il en soit revenu seul, sans ses amis. Roman presque classique en SF, on a l’habitude des narrations multiples, voir trans-temporelles puisqu’on suit en parallèle les interrogatoires d’Emilio en 2060 et l’expédition en 2023 – le lecteur athée se sent un peu gêné, car il a le droit aux nombreuses réflexions religieuses des jésuites et des autres personnages, leurs multiples interrogations sur leur foi.

Une intrigue bien menée, un style sobre mais efficace, ponctué de descriptions relativement brèves mais claires, de quelques termes techniques donnant corps aux différentes phases de préparation et à l’expédition elle-même… tout cela maintient l’envie d’aller savoir ce qu’il est advenu dans les vies des différents protagonistes et, surtout, comment Emilio a pu être amené à commettre des actes répréhensibles.

Dans les postfaces, Mary Doria Russel explique que, de son point de vue d’ethnologue, la religion est incontournable. Certes, mais pas forcément indispensable à ce point ! Malgré cet écueil pour un agnostique, cet épais volume se lit avec grand intérêt. Cependant, repu, j’avoue n’être pas tenté d’en lire la suite, Children of God (1998), non encore traduit.

Chronique de Vincent ‘1379’ Delrue

A propos de Christian

L'homme dans la cale, le grand coordinateur, l'homme de l'ombre, le chef d'orchestre, l'inébranlable, l'infatigable, le pilier. Tant d'adjectifs qui se bousculent pour esquisser le portrait de celui dont on retrouve la patte partout au Club. Accessoirement, le maître incontesté du barbecue d'agneau :)

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